Dans ce profil d’interprète, Patrick Lehner évoque ses expériences, la façon dont l’interprétation simultanée à distance a permis de gagner de nouveaux clients plus petits, avant d’aborder les défis de sa carrière et ses réflexions sur la direction que prend l’industrie de l’interprétation.
Patrick, pouvez-vous nous parler un peu de votre entreprise et de vos domaines d'expertise ?
Je travaille depuis 1982 en tant que directeur adjoint ou directeur général dans différentes institutions, dont une organisation internationale où j'étais responsable de la traduction, des publications, des bases de données et des activités d'impression.
Ma formation était en gestion d’entreprise et je poursuis un programme de formation continue tous les dix ans environ. Je suis titulaire d’un doctorat en gestion des ressources humaines, j’ai été admis dans la seconde moitié d’une licence en traduction et j’ai presque terminé une licence’ en théologie, mais avec le temps, il est devenu de plus en plus difficile de gérer cela ainsi que d’autres activités simultanément.

Au tribunal, il y a une implication directe avec les parties présentes... les gens s'expriment de manières très différentes, en utilisant des formulations autres que celles auxquelles nous sommes habitués, parfois avec des accents difficiles à comprendre.
Je suis spécialisé en gestion d'entreprise en général, bien que je me concentre sur les fonctions juridiques, informatiques, RH et comptables. Pour les secteurs, je me concentre sur l'informatique, la construction, les loisirs, la théologie et les organisations internationales.
En tant que titulaire d’un certificat d’interprète judiciaire, pouvez‑vous nous expliquer ce qui rend ce contexte particulièrement exigeant ? Devenez‑vous parfois ému, par exemple ?
Au tribunal, il y a une implication directe avec les parties présentes. Ce n’est pas comme dans une conférence où les gens se contentent d'écouter, ici, nous avons une interaction vivante entre la personne accusée, les avocats, les juges, etc. Les gens s’expriment en des manières très différentes, en utilisant des formulations différentes de celles auxquelles nous sommes habitués, parfois avec des accents difficiles à comprendre.
D’autres personnes n’hésitent pas à nous interrompre et à corriger les choses comme elles les ont comprises, car il y a un enjeu. Il s’agit d’une pure improvisation.
Vous êtes dans le secteur depuis un certain temps. Comment avez‑vous observé son évolution ? Quelle est la direction de la profession ?
Dans un monde professionnel qui continue de s'accélérer, les événements se déroulent rapidement et le niveau de qualité des services risque de diminuer. Nous nous rapprochons des traductions automatiques, notamment pour les documents écrits. Les ordinateurs ont réalisé d'importants progrès dans ce domaine grâce à l'IA, et ces avancées se poursuivront. Cependant, l'interprétation demeure différente. L'avenir de l'interprétation reste prometteur, même si les modes de travail évoluent.
La réalité est que l’interprétation repose à 1 % sur la préparation et à 99 % sur l’improvisation.
Quels ont été les défis les plus importants lors du lancement de votre propre entreprise ?
Tout d'abord, il fallait être connecté aux clients ; je possédais toujours un Mac (depuis 1984 !) tandis que les clients utilisaient un PC, ce qui entraînait des modifications de texte lors du transfert de données (les tables ASCII n’étaient pas identiques selon le système d’exploitation). Nous devions trouver des solutions. Ensuite, les disquettes ont été utilisées, mais l’envoi postal prenait plusieurs jours, ce qui raccourcissait les délais. Puis est apparu le courrier électronique (pour moi dès 1992 !). Par ailleurs, le secteur est passé de l’artisanat à de plus grandes entreprises, avec de nombreux traducteurs internes. Il était difficile de trouver le marché adéquat pour un travailleur indépendant : les petites et moyennes entreprises ne nous faisaient pas confiance, étant trop petites et limitées, leurs besoins n’étaient pas très importants, tandis que les grands acteurs collaboraient avec de plus grandes agences, et non avec des sociétés d’une seule personne. Cette situation persiste aujourd’hui.
L'interprétation simultanée à distance a-t-elle été concurrente ou complémentaire à votre entreprise ?
Pour moi, cela a ouvert de vastes nouveaux marchés pour les petites entreprises, ou pour des événements où l’interprétation n’était pas absolument nécessaire par le passé. Les petits clients n’ont pas de gros budgets, et le fait de ne pas facturer les frais de déplacement et d’hébergement a aidé les clients à passer à l’interprétation à distance.
Les minorités en Suisse (francophones et italophones) ont dû chercher des solutions depuis longtemps pour communiquer avec la majorité germanophone. Elles bénéficient désormais d’une interprétation à distance, solution à la fois simple et abordable. Les utilisateurs peuvent recourir à leurs smartphones, assurant ainsi un accès rapide à la technologie. De plus, avec l’expansion de l’anglais, de plus en plus de clients s’adressent à des publics plus larges dans cette langue, même lorsque les locuteurs sont de langue maternelle allemande. Cela implique un besoin accru de traductions, également pour les populations germanophones
Quelle a été votre pire expérience d'interprétation (par exemple, technologie défaillante, problème de cabine, vols manqués, etc.) ?
J'ai eu des problèmes avec des avocats qui m'interrompaient pendant que je parlais pour dire à quel point j'étais mauvais, même alors que ma phrase n'était pas terminée. J'ai depuis réduit mon activité de traduction pour les procureurs car je suis fatigué de devoir me justifier constamment pour un mot que j'ai choisi. Sinon, presque chaque jour, nous attendons des documents pour une conférence qui n'arrivent jamais ou parfois trop tard. La réalité est que l'interprétation représente 1% de préparation et 99% d'improvisation...
Pouvez‑vous nous parler brièvement de votre parcours avec Interprefy et du contrat en direct avec UBS ?
La première fois que j'ai rencontré Kim Ludvigsen, c'était pour un test avec Credit Suisse. Pour UBS, nous avons eu une interaction très intéressante avec plus de 1,000 personnes à l'écoute (selon ce qui nous a été indiqué). J'étais à Zurich, dans un bâtiment UBS, mais ce n'était pas à distance, j'étais dans une cabine d'interprète. Cependant, il s'agissait d'une transmission en direct dans toutes les filiales pendant que le nouveau PDG de la banque de détail allemande faisait sa première présentation. Les participants pouvaient également poser des questions en temps réel.
Sur une échelle de 1 – 5, comment évalueriez-vous Interprefy ? (1 étant le plus bas et 5 le plus élevé).
5, bien sûr. L'équipe est toujours très sympathique, chaque expérience est agréable avec eux, où qu'ils soient situés. La plateforme est facile à utiliser. Je suis heureux du succès d'Interprefy. Ils le méritent!
Dans un monde professionnel qui continue de s'accélérer, les choses se produisent rapidement, et le niveau de qualité des services risque de diminuer... mais pour l'interprétation, c'est différent. L'avenir de l'interprétation reste prometteur, même si les modes de travail évoluent.
Le site Web de Patrick est www.theplproject.org. Il peut être contacté à patrick@theplproject.org.


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